Le mail est arrivé un mardi matin. Une cliente que j'accompagne depuis deux ans, une petite boîte de six personnes : "on a tout perdu, le disque est mort, le technicien dit qu'il n'y a rien à récupérer." Pas de sauvegarde. Pas de copie. Cinq ans de devis, de factures, de dossiers clients, envolés en un clic de rien du tout. Quand je suis arrivé dans leurs locaux, la seule chose que le patron m'a dite, c'est : "je pensais que le cloud, c'était fait pour ça." Sauf qu'ils n'avaient jamais rien mis dans le cloud. Ils croyaient que parce que leurs fichiers étaient "sur l'ordinateur", ils étaient protégés. Ils ne l'étaient pas.
Cette histoire, je l'ai vécue trois fois en quatre ans. Et à chaque fois, la même phrase revient : "je n'avais pas le temps de m'en occuper." C'est faux. On a toujours le temps de sauvegarder ses données. Ce qu'on n'a pas, c'est une méthode qui tient debout sans y penser. Voilà tout l'enjeu.
Points clés à retenir
- Trois copies, deux supports, une hors site. La règle 3-2-1 reste la base, et elle n'a pas changé en 2026.
- Une sauvegarde qui n'est pas testée n'existe pas. Vous devez pouvoir restaurer un fichier aujourd'hui, pas "en principe".
- Un disque branché en permanence finit par être chiffré par un ransomware comme le reste.
- Le cloud grand public dépanne, mais ne remplace pas une copie locale maîtrisée.
- Le bon rythme de sauvegarde dépend du type de fichier, pas de votre bonne volonté.
- Restauration : si vous mettez trois jours à récupérer un dossier, votre sauvegarde est mal conçue.
Sauvegarder ses données : la règle qui tient depuis vingt ans
Il existe une formule que tout le monde répète sans vraiment l'appliquer : 3-2-1. Trois copies de vos données, sur deux types de supports différents, dont une située ailleurs physiquement. C'est vieux, ce n'est pas élégant, et pourtant rien de mieux n'a été inventé.
Pourquoi ça marche ? Parce que chaque copie couvre la faiblesse d'une autre. Votre disque interne craint le crash. Votre disque externe craint le vol, l'inondation, le feu. Votre cloud craint la suppression accidentelle et les erreurs de synchronisation. Ensemble, ils se rattrapent.
Pourquoi "deux supports" et pas "deux disques"
J'ai vu des gens acheter trois disques durs externes de la même marque, du même modèle, achetés le même jour. Ce n'est pas de la redondance, c'est une loterie. Si le modèle a un défaut de fabrication, les trois tomberont en panne dans la même fenêtre. Un support, c'est une technologie : disque magnétique, SSD, bande, cloud. Variez.
Concrètement, chez moi, ça donne : un SSD interne pour le travail en cours, un disque externe pour la copie locale, et un espace cloud chiffré pour la copie hors site. Trois technologies, trois risques différents, un seul dossier à gérer.
À quelle fréquence sauvegarder ? Le calendrier que j'applique
"Quotidien" ne veut rien dire. Un graphiste qui produit vingt fichiers par jour et un comptable qui touche à trois classeurs par semaine n'ont pas les mêmes besoins. La bonne question n'est pas à quelle fréquence, mais combien de travail êtes-vous prêt à refaire ?
Ce que je conseille à mes clients, et que j'applique pour moi :
| Type de données | Fréquence de sauvegarde | Support principal |
|---|---|---|
| Documents de travail en cours | Toutes les heures (sauvegarde automatique) | Cloud chiffré |
| Photos et vidéos personnelles | Une fois par semaine | Disque externe + cloud |
| Comptabilité, contrats, dossiers clients | Tous les jours | Disque externe + hors site |
| Archive figée (plus de 6 mois) | Une fois par trimestre | Deux disques distincts |
Vous remarquez que rien n'est à "tous les mois". C'est volontaire. Un mois de travail perdu, personne ne s'en remet sans cris. Une semaine, on serre les dents. Une heure, on ne s'en aperçoit même pas.
Incrémentale ou complète ?
Une sauvegarde incrémentale ne copie que ce qui a changé depuis la dernière fois. C'est rapide, économe en espace, et c'est ce qu'il faut pour la routine quotidienne. Une sauvegarde complète recopie tout, et c'est ce qu'il faut faire à intervalles réguliers pour ne pas dépendre d'une chaîne fragile de petits fichiers.
Le piège de l'incrémentale pure : si un maillon de la chaîne casse, toute la sauvegarde devient inutilisable. Faites une complète une fois par mois. Ça vous sauvera un jour où vous ne l'aurez pas vu venir.
Quel support ne permet pas de sauvegarder ses données informatiques ?
Réponse courte : aucun support n'est incapable de sauvegarder. La vraie question derrière cette recherche, c'est plutôt "quel support est un mauvais choix". Et là, il y en a un qui revient tout le temps.
Le même disque que celui sur lequel tourne votre système. Si vous sauvegardez vos documents sur la partition où est installé Windows, vous n'avez pas de sauvegarde. Vous avez une copie dans le même panier. Le jour où le disque meurt, tout part ensemble.
Autre mauvais candidat : la clé USB oubliée dans un tiroir. Elle n'est pas incapable, elle est juste peu fiable sur la durée. Les mémoires flash perdent leurs données si elles restent débranchées trop longtemps. J'ai perdu un dossier de photos comme ça, sur une clé laissée deux ans sans être branchée. Je ne l'ai pas vu venir, et je ne l'ai jamais récupéré.
- Une clé USB : dépannage local, pas archive.
- Un disque interne unique : pas une sauvegarde.
- Un dossier synchronisé mal compris : attention, la synchronisation n'est pas une sauvegarde. Si vous supprimez un fichier, il disparaît partout.
- Un disque externe branché en permanence : il sera chiffré avec le reste en cas de ransomware.
Pourquoi il faut déconnecter et isoler ses sauvegardes
Un ransomware qui entre sur votre machine cherche tout ce qui est branché. Disques externes, NAS, partages réseau : il les voit, il les chiffre, il vous réclame une rançon pour l'ensemble. Une sauvegarde branchée en permanence n'est pas une sauvegarde, c'est une cible de plus.
La règle est simple : ce qui n'est pas branché ne peut pas être chiffré. Deux options.
La première : débrancher physiquement votre disque externe après chaque sauvegarde. Ça demande une discipline que peu de gens tiennent sur douze mois. Je le sais, j'ai essayé.
La seconde, plus tenable : un support qui se connecte uniquement pendant la fenêtre de sauvegarde, puis se déconnecte tout seul. Certains NAS et logiciels de sauvegarde font ça nativement. C'est le compromis que je recommande à mes clients qui n'ont pas envie de jouer au déconnecteur tous les soirs.
RTO, RPO : la question qu'on oublie toujours
On parle beaucoup de sauvegarder, jamais de récupérer. Deux notions à connaître :
Le RPO (combien de données pouvez-vous perdre ?) et le RTO (combien de temps pouvez-vous rester sans rien ?). Si vous acceptez de perdre une journée de travail mais pas trois jours d'arrêt, votre stratégie change complètement.
Test que je fais systématiquement chez un client : "restituez-moi le dossier de la semaine dernière, maintenant, devant moi." Le nombre de fois où ça a échoué, en silence, dans le bureau... La sauvegarde existait, mais personne ne savait où, ni comment la remonter. Une sauvegarde non testée n'est qu'une croyance.
Comment sauvegarder son téléphone et son PC sans y passer la journée
Beaucoup de gens croient que le cloud de leur téléphone sauvegarde tout. Faux. Sur la plupart des appareils mobiles, seules certaines catégories basculent automatiquement : photos, contacts, parfois les messages. Le reste, souvent, non.
Comment sauvegarder toutes les données de mon téléphone ?
Il faut vérifier ce qui est réellement synchronisé, et pas supposer. Dans les réglages de sauvegarde, cherchez les cases activées. Puis, sur ce qui n'y est pas : messageries tierces, notes, pièces jointes, documents hors cloud.
Pour ça, un export manuel périodique vers un disque externe reste la solution la plus fiable. Peu élégant, mais ça marche. Le téléphone, c'est le parent pauvre de la sauvegarde, et c'est souvent là qu'on a les souvenirs qu'on ne remplace pas.
Comment faire une sauvegarde complète de mon ordinateur Windows ?
Sur Windows 10 comme sur Windows 11, l'outil intégré de sauvegarde et de restauration existe toujours. Vous branchez un disque externe, vous lancez une image système, et vous avez une copie complète. Le hic : Windows 11 a retiré certains raccourcis historiques, il faut passer par les outils de restauration système ou par un logiciel tiers.
Pour un usage simple, un logiciel tiers dédié (payant, une trentaine d'euros par an pour un particulier) fait mieux le travail : sauvegardes planifiées, incrémentales, restauration guidée. J'ai basculé dessus il y a deux ans après avoir perdu une demi-journée à bricoler l'outil natif. Je ne suis pas revenu en arrière.
La variante 3-2-1-1-0 : pour ceux qui veulent aller plus loin
Vous avez peut-être croisé cette formule : quatre chiffres et un zéro. Elle ajoute deux exigences à la règle classique. Un support supplémentaire hors ligne, et zéro erreur de restauration vérifiée.
Traduction : une de vos copies ne doit jamais toucher le réseau, et vous devez avoir prouvé, par un test réel, qu'elle se restaure sans erreur. Le "zéro" est le plus dur à tenir. On veut tous croire que ça marche. On veut rarement prendre deux heures pour le prouver.
Pour un particulier, 3-2-1 suffit largement. Pour une TPE qui manipule des dossiers clients, la variante complète vaut vraiment le coup. Une restauration ratée un lundi matin coûte plus cher que le disque qu'on aurait dû acheter.
Cloud, disque, NAS : lequel choisir selon votre cas
Il n'y a pas de réponse universelle, mais il y a des claires. Je préfère le dire franchement : si vous gérez des données sensibles et que vous n'avez aucune compétence technique, le cloud grand public est plus sûr que votre propre bricolage.
- Particulier, données personnelles : cloud chiffré + disque externe trimestriel. Total : moins de 100 € par an.
- Indépendant, données clients : cloud chiffré + disque externe hebdomadaire + une copie hors site. Comptez 200 à 300 € par an.
- TPE, plusieurs postes : NAS avec sauvegarde chiffrée vers un second NAS éloigné. Investissement initial, puis coût quasi nul.
- Vous ne voulez rien gérer : un service de sauvegarde managée. Vous payez, vous testez une fois par trimestre, vous ne vous posez pas de question.
Ce qui ne marche jamais, quelle que soit la solution : ne rien faire en se disant qu'on verra plus tard. C'est exactement ce que faisait ma cliente aux six salariés. Plus tard est arrivé un mardi matin.
Les erreurs que je vois le plus souvent
Quatre ans à auditer des sauvegardes chez des indépendants et des TPE m'ont rendu assez lucide sur les réflexes qui tuent.
- Sauvegarder sur le même disque que le système. Le plus fréquent, de loin.
- Confondre synchronisation et sauvegarde. Le fichier supprimé reste supprimé, partout.
- Ne jamais tester la restauration. On découvre le problème le jour où on en a besoin.
- Garder un disque branché en permanence. Une cible offerte aux ransomwares.
- Acheter trois disques identiques le même jour. Ce n'est pas de la redondance, c'est un pari.
La bonne nouvelle : chacune de ces erreurs se corrige en une après-midi. Pas besoin d'être informaticien, pas besoin d'un budget délirant. Il faut juste décider, une fois, de mettre en place quelque chose de simple, et de le tester au moins deux fois par an.
La question qui reste, à la fin, n'est pas technique. C'est : si votre disque mourait demain matin, à quelle heure de la journée sauriez-vous exactement quoi faire ? Si la réponse est "je ne sais pas", vous n'avez pas de sauvegarde. Vous avez un espoir.